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QUAND L'ITALIE S'EN VENAIT À MARSEILLE...

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8,00 €
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284
QUAND L'ITALIE S'EN VENAIT À MARSEILLE...
Sommaire

 

Leurs relations sont des plus anciennes... Il nous plaît ainsi de rappeler en ce nouveau trimestriel les escales oubliées d’antiques Étrusques ou, au début du XIII e siècle, l’installation de « podestats » originaires de la Péninsule, indépendants des factions locales, chargés d’administrer la cité en toute impartialité.
 

Selon l’enseignement de nos anciens professeurs Michel Vovelle et Émile Temime, il y aurait eu à la fin du XVIIIe siècle près de 6 000 Italiens installés à Marseille, représentant 70 % des allogènes dans cette ville forte de 100 000 âmes. Un siècle plus tard, une « grande vague », comme on se plût à l’écrire pour qualifier l’arrivée massive de « Transalpins », allait fournir l’essentiel de la main-d’œuvre du port, des travaux publics et des usines locales. On en trouvait d’autres affairés dans la pêche, l’artisanat, le commerce, et avec eux quelques réfugiés opposants politiques : une immigration marquant Marseille à jamais, et qui se renouvela au fil des décennies.
 

Avant la Première Guerre mondiale, plus de 110 000 Italiens y furent dénombrés, soit le quart de la population étrangère ! Ils s’étaient établis dans les vieux quartiers de Saint-Jean, Saint-Laurent, la Major, mais aussi à Arenc, Saint-Henri, Saint-André, à la Belle-de-Mai, Menpenti, Saint-Mauront, Endoume, jusqu’aux Goudes, se regroupant selon leurs origines régionales, les parentés familiales et activités exercées. Pour eux, comme pour les générations précédentes, Marseille s’affirma cité d’accueil, lieu d’espoir pour une vie meilleure, mais aussi point de transit vers d’autres destinations, les Amériques notamment... qu’ils ne pourraient peut-être pas tous gagner.
 

La présence de cette importante communauté alla jusqu’à donner l’impression de se trouver dans une cité italienne, même si l’intégration de ses membres s’accompagnait d’une francisation à la 2e ou 3e génération, voire d’une naturalisation en bonne et due forme. Les noms de famille quant à eux restaient et se perpétuaient. C’est durant la décennie 1960, avec la diversification des courants migratoires, que la part des Italiens dans la population urbaine diminua.
 

Suivant les conseils avisés de Mrs Jean Boutier et Stéphane Mourlane, nous avons pu recourir aux connaissances d’autres universitaires, spécialistes eux-aussi de la péninsule italienne et ses îles, pour nous retracer l’implantation souvent difficile d’hommes, de femmes et leurs enfants venus par la terre ou la mer, qu’ils aient été Piémontais, Liguriens, Toscans, Sardes, Napolitains, Siciliens... Grâce à leurs recherches et réflexions, sont ainsi retracés des épisodes marquants ou des personnalités oubliées
d’une histoire commune.
 

La présence italienne s’est encore renouvelée en ce début de XXI e siècle ; cependant, de multiples traces de son passé restent visibles au fil des rues, des constructions, mais aussi dans la cuisine et le parler marseillais. Marseille, une ville teintée d’italianité... à n’en plus douter.

par Patrick Boulanger, directeur de la revue Marseille